Roman d'anticipation, paru aux éditions de l'Harmattan, collection Miroirs du réel.

Tome I : monastère bénédictin de Montecassino, Italie, année 5050 ap. J.-C. Sur une Terre désertique entourée d’une mer où la vie abonde, une intelligence artificielle élève une petite communauté humaine qu’elle maintient en enfance. Son objectif est d’inspirer l'homme de demain. Ses leitmotivs sont : éducation et savoirs, altruisme et empathie, libéralité. Mais entre la sécurité, la liberté et le libertinage, au milieu de la tempête et face à la vie et à la mort étranges, comment Sapiens Infans va-t-il découvrir son avenir ?

Date de publication : 22 décembre 2020
Broché - format : 13,5 x 21,5 cm • 216 pages
ISBN : 978-2-343-21059-9
EAN13 : 9782343210599

« Je suis un homme du XXIe siècle accidentellement lâché dans le XXe. J’ai une profonde nostalgie du futur ».
FM 2030, XXe siècle ap. J.-C.

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chapitre V : Les arches et la tempête

Ses capteurs identifièrent les quatre enfants. Ils scannèrent plus précisément celui qui était couché.
— Nous sommes là ! répondit Col en sortant de son tub’.
— Ton frère est blessé. Il est vivant mais ça semble grave. Enlevez-lui son tub’ et aidez-moi.
Des bras se tendirent vers Cas dans l’obscurité.
— Tu nous éclaires ? demanda Rapido.
— Pardon ! répondit Cléanthe en allumant un projecteur.
Le robot appliqua un respirateur sur le nez et la bouche de Cas et lui fournit de l’oxygène. Il y eut un bruit de projection d’eau puis d’aspiration. En même temps, des instruments prenaient son pouls et sa tension, et palpaient son corps pour élaborer un diagnostic. Enfin, il tendit un tuyau souple aux trois autres enfants qui s’accoutumaient à la lumière en se frottant les yeux :
— Buvez !

Tome I :

1. Le théâtre et le baiser
2. Boston au potager
3. Les Sauvageons nus
4. Les lumières de Saint-Benoît
5. Les arches et la tempête
6. Les prénoms et les dèmes
7. Cléanthe sauveteur
8. Pour Castelforte
9. Quatre-vingt dix mètres
au-dessus du niveau de la mer
10. Piccolo in vitro
11. Les poulpes
12. La doctrine du Jeu - I
13. La Sauvageonne malade
14. La doctrine du Jeu - II
15. Rocca et la femme mûre
16. Le savoir dans la matière – I
17. Caira et l’homme mûr
18. Le savoir dans la matière – II
19. If... Then... Else...

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chapitre XIII : La Sauvageonne malade

Les enfants disaient en se moquant que Zoro, le solitaire lourdement fagoté de guenilles et crasseux, était un Chrétien survivant, peut-être même leur dernier pape, le fameux Théocide. Acqua prétendait qu’il s’agissait d’un personnage bien plus ancien encore, Zoroastre, l’inventeur du concept du bien et du mal…
L’histoire avait des retournements intéressants puisque l’affaire des Anges Gardiens, comme on avait nommé les séries de scandales pédophiles homosexuels et hétérosexuels révélés au sein de l’Église chrétienne, avait achevé l’effondrement du Christianisme. Ces scandales avaient aussi mis en évidence que le sexe était quoi qu’il en soit une constante dans les affaires humaines, naturel ici, caché là, ou exhibé ou perverti ailleurs. Les historiens montraient aussi que les Grecs pédérastes s’occupaient finalement aussi mal ou aussi bien de leurs enfants que les Chrétiens pédophiles.

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chapitre XV : Rocca et la femme mûre

Et l’eau qui perlait sur sa peau comme autant de bijoux étincelants au Soleil. Rocca voulait la lécher. La lécher partout où sa chair faisait de la matière, ronde ici, courbe là, veloutée plus loin accrochant l’humidité de la mer, ou si fine et comme une muqueuse luisante ailleurs, à ses seins et au bas de son ventre, en descendant de plus en plus près de son sexe.
Son sexe justement émergeait maintenant de l’eau. Il retint quelques petites gouttes de mer qui se faufilèrent entre ses poils et se rassemblèrent tout en bas, restèrent suspendus un instant sous ses lèvres rondes avant de lâcher prise et retourner avec un petit plic dans l’eau.
Une cuisse avançait et l’autre reculait poussant la fesse en arrière, et cette fesse qui s’arrondissait poussait alors l’autre fesse sur le côté. Superbe déhanché ! Comme pour une danse ses fesses étaient deux protagonistes, chacune symétrique et opposée à l’autre, épousant l’autre pour ensuite lui céder la place en souplesse et en rondeur, avant de la reprendre, fesses soudées, complices et adversaires à la fois, la plus belle symétrie et le plus bel antagonisme à la fois ! Une croupe de toute beauté qui abritait un sexe féminin trempé.

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chapitre XVI : Le savoir dans la matière – I

— Les transhumanistes avaient développé des technologies de sauvegarde de leurs individualités, expliqua Celse. Ils appelaient cela l’Upload. Mais ces recherches étaient privées et plutôt secrètes. Cela se passait en Amérique du Nord et un peu au Japon. Je n’ai pas connaissance de projets de ce type qui auraient eu lieu sur le vieux continent avant la Guerre. L’Europe ne travaillait pas officiellement sur ces questions et les principaux européens intéressés partaient travailler aux États-Unis d’Amérique. Faites une recherche sur le Soul Backup et sur les évènements qui ont dégénéré en troubles civils aux États-Unis. Quoi qu’il en soit toutes les informations que nous possédons sur les transhumanistes dans nos archives viennent d’outre-Atlantique.
— On connaît, murmura Ruz.
— Ont-ils survécu à la Grande Guerre, en Amérique ? demanda Viti en murmurant autant pour lui-même.
— Je ne sais pas. Il pourrait exister des colonies comme la nôtre car le monde est redevenu grand. Je sais que des entreprises, Blue Origin, Space X, Boeing, avaient envoyé du matériel et des données dans l’espace. Peut-être des missions habitées ont-elles survécu ? Space X montait des projets ambitieux pour Mars. Et on parlait aussi de béBé.
— Bébé ?
— béBé, une planète dans la zone d’habitabilité de Proxima Centauri bB mais à plus de quatre années lumières. Mais que sont devenues toutes ces missions ?
— Case a raconté que les poulpes, qui se disent d’origine extraterrestre, parlent de nous comme des derniers hommes.
— Ils ont échoué sur Terre bien avant qu’on aille dans l’espace, fit Di Ruzza. Ils ignorent donc ce qu’il s’est passé là-haut à l’ère spatiale humaine. Ce sont des rescapés.

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Tome II : année 5050 ap. J.-C., monastère bénédictin de Montecassino, Italie. Aiguillonné par son mentor, l'IA aux avatars de philosophes grecs, Sapiens Puer cherche son avenir. Confronté tour à tour à Socrate réincarné, Alan Turing, Zoroastre, Ada Lovelace ou Jean-Jacques Rousseau, mais aussi à des poulpes et des puces en réseau, et malgré le Vésuve en éruption et autres enchaînements cataclysmiques, son futur ressemblera peut-être au plus bel éternel retour

Date de publication : 22 décembre 2020
Broché - format : 13,5 x 21,5 cm • 264 pages
ISBN : 978-2-343-21058-2
EAN13 : 9782343210582

chapitre XXII : L’avatar de Socrate

— Une belle aventure, malheureusement surtout technique et scientifique et bien peu en sagesse. C’est Aristote, par le Chien, qui aimerait ressusciter !
— Je croyais que tu posais surtout des questions, demanda l’enfant.
— Faux ! cracha Socrate. Je papote, je discute, je palabre, je cause et je bavarde, je jase, je discours et je conférencie, je babille et je jacasse, je cancane même, et je déblatère si nécessaire.
Acqua ouvrait de grands yeux ronds. L’IA avait-elle confondu des routines de Diogène avec celles de Socrate pour qu’il se moque de lui ainsi ?
— L’ironie, la réfutation, l’examen, oublie ça mon petit. C’est sans aucune importance. Ton meilleur outil c’est le bon sens par le Platane sacré ! Sois heureux, un point c’est tout. Et si ton bonheur fait aussi celui des autres tant mieux, tu seras un homme vertueux. Enfin, tu ne seras jamais un homme à ce que je vois.
— Comment ça ? sursauta le pauvre garçon.
— Physiquement je veux dire. Tu es bien mignon, Enfant, mais un peu trop jeune à mon goût…
Acqua était déçu par le tour que prenait la conversation. Il détourna le sujet :
— Es-tu content de ton avatar ? Platon ne te fait pas trop mentir ?
— Je te signale que tu poses cette question à mon avatar, répondit Socrate qui dès après s’écria : « Platon !? Ne me parle pas de ce jeune ambitieux insatisfait, par le Démon !

Tome II :

20. Tout seul devant
21. Domestication ou émancipation ?
22. L’avatar de Socrate
23. En silence !
24. L’IA et la vie
25. Tako To Ama
26. Les posthumains
27. Zoro
28. L’altruisme et l’empathie
29. Les puces en réseau
30. Alan Turing et le poète
31. L’énergie faible
32. La géante sous la mer
33. Contact radio !
34. Le projet
35. Liri en ballon
36. L’enfance au passé
37. Le goulet d’étranglement
38. Ora et labora
39. Sans mot dire

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chapitre XXVIII : L’altruisme et l’empathie

— On a toujours cherché ce qui faisait le propre de l’homme, du rire, du langage, de l’outil, de l’amour ou de l’altruisme à la création artistique ou la culture en général. Chaque fois un exemple animal est venu nous rappeler à la modestie. Aujourd’hui encore et de façon spectaculaire pour la communication télépathique. Pourquoi l’homme a-t-il évolué tellement différemment des autres ?
— L’agressivité, dirait Ruz ! fit rapidement Rocca.
— Des animaux sont agressifs et ne sont pas plus évolués.
— Les animaux n’ont jamais fait de guerre.
— Parce qu’ils sont incapables de les organiser.
— Des chimpanzés ont mené des guerres !
— Curieusement ils étaient les plus proches cousins de l’homme.
Toujours aucun mouvement sur la route qui montait du port. Lungo demanda à l’IA s’il se passait quelque chose. Elle lui répondit que les Obelisco en étaient encore aux préparatifs sur l’embarcadère avec Di Ruzza.
— L’homme n’a pas tant évolué que ça sur le plan de l’empathie, fit lentement Lungo. Elle ne dépassait guère autrefois deux ou trois cercles : familial, amical, culturel.
— Au-delà il a cultivé au contraire l’indifférence, le racisme et la haine, ajouta Rocca en caressant ses cheveux frisés.
— Une évolution qui changerait le paradigme de l’altruisme dépasserait ces cercles concentriques qui sont autant de peaux trop isolantes ajoutées à l’épiderme de l’individu.

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chapitre XXXIV : Le projet

— Ce ne sont pas les sentiments humanistes qui ont le mieux lutté contre l’esclavage effectivement, mais attention les enfants ! Écoutez bien et ne vous trompez pas de discussion : l’esclave énergétique c’est la machine remplaçant l’homme donc la machine au service de l’homme. Ce calcul qui prenait l’énergie contenue dans la matière et exploitée par l’industrie, et la divisait par l’énergie fournie par un être humain, donnait un résultat de dix-sept esclaves par habitant. Un nombre reconsidéré à trente-huit par une autre méthode de calcul dix ans plus tard puis à deux cents par habitant de la planète au XXIe siècle !
— Des habitants américains ou africains ? railla Fraioli.
— En effet, plus de quatre cents en Occident développé.
— En Watts, ça donnerait quoi ? demanda Di Ruzza.
— En consommation ou en production ? demanda l’IA sur un ton manifestement très amusé. Le corps d’un homme consomme cent watts au repos et cinq kWh chaque jour d’activité. Mais il ne produit qu’un demi kWh dans le même temps ! Il fournit en gros trois kWh par semaine de quarante heures. Son rendement mécanique est donc très très mauvais.
— Son meilleur rendement, dit Lungo en riant un peu aigrement, c’est quand il meurt et qu’il pourrit. Là, il restitue absolument tout et se rend enfin utile !

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chapitre XXXV : Liri en ballon

Depuis leur point de vue Liri ne distinguait pas l’origine du dégazement, Gran Cono ou Bambino. Mais lorsque le robot récupéra sa paravane et qu’ils bondirent vers le ciel le paysage changea très rapidement. Liri se cramponna où il put. La pression sur son ventre était désagréable. Il se mit un peu sur le côté et plia une jambe à moitié. Le dirigeable en forme de huit s’élevait de plus en plus vite. Ils voyaient les volutes de couleurs grises et noires, parfois étrangement vertes, qui semblaient se tresser entre elles, quitter le cœur de la colonne et y retourner subitement, ressortir encore, tourner sur elles-mêmes et s’entortiller puis disparaître à l’intérieur. Et cela sortait de derrière le Somma avec une vitesse et une force telle, une cataracte hurlante à l’envers, c’était craché de dessous le sol et comme puissamment vomi du ventre de la Terre !
Approchant toujours, ils allaient maintenant dépasser le bord de l’ancienne caldeira. Mille cents mètres d’altitude ! Cléanthe s’élevait toujours rapidement. Ils abordaient de biais le nuage et leur cap paraissait s’enrouler autour du pilier, de moins en moins vers l’Ouest, de plus en plus au Sud.
— Tu es certain de pouvoir ensuite nous écarter du nuage ? demanda Liri, le ventre un peu serré par la crainte autant que par l’effet d’ascenseur.

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