Cercle de Préchac, 24 juin 2017 - photo : Maryse
cercle de Préchac, 24 juin 2017 - photo : Maryse

Un son, enregistré et modifié, guide la composition de la plupart des morceaux. Les manipulations consistent à sculpter le son pour faire apparaître des fréquences particulières, un grain, comme pour confondre l'ouïe et le toucher. Des instruments et autres objets interviennent quelques fois. Descriptive, parfois abstraite, certainement pas de la musique savante mais sensible.

Hors-lieu
(2014)

Finon
(2012-2013)

iraq
(2004)

neurophobie
(2003)

le cheminement
(2002)

la Rhûne
(1985-1990)

essais radiophoniques
(2009-2014)

12 août 2017 dans un cadre déterminé (blues, funk, jazz bien tonal), j'en suis à compter sur la rythmique pour m'aider à sortir de l'ornière. C'est à dire que je n'ai pas les ressources nécessaires pour m'exprimer plus d'une minute dans le tempérament imposé ; je vais chercher du secours du côté de ce qui n'a plus à voir avec la note. Dans des musiques plus libres, le rythme vient au contraire se proposer au jeu, comme de son propre gré. Je préfère.

2 août 2017 il y a une telle sensualité en musique que si elle n'existait pas, je chercherais ailleurs, je serais gastronome boulimique ou proxénète obsédé sexuel.

24 juillet 2017 La répétition est un des principes qui identifie la musique et c'est aussi ce qui la tue.

18 juillet 2017 en rhétorique, lâcher une bonne vieille grossièreté entre des termes choisis et plus subtils est du plus bel effet ; pourquoi pas en musique ? Il m'arrive, au milieu de notes douces et berçantes, de porter la bouche de côté et de rôter. Oui. Et reprendre la mélopée là où je l'avais laissée.

9 juillet 2017 Toujours compter sur le ventre, le diaphragme et le thorax pour un bon souffle, même doux, même très doux. Les lèvres sont plus appropriées aux baisers qu'à lutter à travers l'embouchure.

6 juillet 2017 Pierre Henry, qui est mort aujourd'hui, disait il y a 70 ans que la musique n'avais pas encore osé se détruire elle-même pour renaître ensuite, comme devrait faire tout ce qui vit.

3 juillet 2017 Tais-toi et joue. D'accord, mais le dire, essayer de le dire ; il y a tant de choses à dire que je ne sais pas dire en musique.

24 juin 2017 Aux saturations et aux larsens, je me suis vu la patronne répondre, par l'entremise d'un musicien que l'anecdote faisait bien marrer, qu'elle craignait que les vieux s'en aillent.

16 juin 2017 Fripp, Travis... de l'ambient années 70 mais en 2012, à la façon Fripp-Eno-Hassel-etc., mais bien moins inspiré qu'ils ne l'étaient à l'époque. Hormis une clarinette un peu originale, les flûtes suivent le (non-)mouvement, et justement, le disque est titré "Follow".

16 juin 2017 Sonneries de téléphone à télécharger. Trompette "mutée", un son caractéristique, très audible même dans la poche, il se prête donc au jeu : improvisations spontanées, sans répétition, ni reprise ni correction, avec les défauts du direct.

11 juin 2017 Je n'ai aucune mystique du son, uniquement du sensible ; je pense aux bols tibétains et autres gongs. J'ai toujours sculpté le son, taillé dedans, l'ai raboté pour en extraire la fréquence pure, ou sommé et multiplié vers des sons inouïs. Ça a toujours été une démarche sensuelle, jamais intelligente, encore moins croyante.

6 juin 2017 Il suffit quelques fois d'un prétexte pour ouvrir ou retrouver des voies d'exploration musicale. L'autre jour, une "sieste musicale", l'occasion de quitter un peu le swing du jazz ou le binaire de l'electro, pour retrouver les textures du son, la matière "à toucher", les timbres, le souffle. Et la grande difficulté de tenir un son ténu ; ici, Chet Baker était un grand maître.

28 mai 2017 Si la musique est partage, celui-là n'est pas musicien qui aligne ses notes, toutes écrites et fonctionnelles, sans même vouloir essayer d'écouter les autres.

22 mai 2017 Avant la naissance, les sons font l'interface avec le monde extérieur, au-delà du ventre de la mère. Ils sont le messager direct, mais étouffés, feutrés, ils sont, derrière les bruits intestins, le premier lien avec les autres. Est-ce pour cela que la musique fait musique ?

18 mai 2017 Le jongleur fait parfois tomber une balle ; ça fait partie du jeu. Tandis que le funambule, on ne le lui souhaite pas, quoique... le public a quelques fois des désirs troubles. En musique improvisée, la balle qui tombe est un accident heureux.

13 mai 2017 Parfois le son ne naît pas ou il meurt et c'est comme souffler dans un trou mal troué comme s'il y avait une miette comme un noyau d'olive. Chié !

10 mai 2017 Un copain théoriste du complot me disait hier que des chercheurs produiraient dans les musiques modernes électro des sons spécifiques destinés à plaire aux oreilles. L'artiste a toujours exploré le dégoût, mais peut-on suspecter le cuisinier de chercher des saveurs appétissantes ?

2 mai 2017 Quelqu'un m'a dit l'autre jour, d'un air entendu et rigolard, qu'il n'était pas fou, pas question de s'époumoner dans une trompette ! Je ne sais pas s'il pratiquait un autre instrument à vent, ou s'il était musicien. Et je ne sais pas s'il savait que j'essaye d'être... fou.

1 mai 2017 Epicure à fond, ce serait déclarer le bonheur sans le désir ? Sans musique. Sans désir de musique ?

29 avril 2017 J'aime. Parce que j'aime, mon son en sera-t'il différent ?

26 avril 2017 Jacques Roumain dit que le silence est le sommeil du bruit. Le silence bercé par Délira qui chante sans mots, à bouche fermée... à la façon des négresses (Le gouverneur de la rosée).

20 avril 2017 "Toutes choses étaient confondues ; vint ensuite l'esprit, qui mit l'ordre dans l'univers" (Anaxagore). Ainsi du Balzac que Rodin a voulu à peine sorti du bloc énorme et informe. Mais il y était déjà tout entier, en puissance. Ainsi de l'improvisation, lorsqu'elle commence en bruit, en matière brute, avant de s'extraire. Mieux : elle ne naît pas toute habillée toute armée, elle reste potentielle, non plus informe mais juste informée. Et in-finie, une proposition aux oreilles.

15 avril 2017 Certains matins, les bruits sont bruyants. "Pimpon pimpon" crie l'enfant ; et il fait tomber le camion de pompier en métal et plastique sur le carrelage.

11 avril 2017 Beaucoup d'arts procèdent par répétition et symétrie, accumulation et déclinaison. Surtout en arts abstraits donc en musique. On peut y distinguer une influence de la civilisation de consommation de ce qui plaît "naturellement" au cerveau : ce premier étonnement du nombre des grains de sable sur la plage, de l'accumulation immense des étoiles à l'approche de la Voie Lactée.

10 avril 2017 Le jazz classique fabrique des stars comme les musiques plus industrielles : des solistes devant les autres. Les autres sont souvent tâcherons, façonniers. Des "jazz" plus récents proposent réellement des jeux mutuels, où c'est l'ensemble produit qu'on écoute, plus que le solo, plus que l'expression individuelle.

7 avril 2017 Le trac est un truc étrange. Outre qu'il révèle une sorte d'orgueil, il me fera rester prudent donc sans génie. Alors que tout le plaisir est dans le risque, surtout si "ça" fonctionne ; lorsque je ne me prends pas les pieds dans le tapis. Et si je tombe, l'enjeu n'est pas si grand !

4 avril 2017 Ikutaro Kakehashi, fondateur de Roland, est mort. Boîtes à rythmes TR-808, norme Midi, synthé D-50... Ne pas négliger l'influence des ingénieurs sur le son, l'influence des technologies humaines sur les cultures.

2 avril 2017 Chaque année, fin mars, le coucou vient et propose ses deux notes. Deux. Simples, toujours les mêmes et avec beaucoup de silences. Deux notes, répétées, qui annoncent le printemps et qui invitent à jouer avec lui, sur ces deux tons et sur l'écoute de l'autre, sur la place laissée à l'autre. Il est très fort, le coucou.

30 mars 2017 Il faut se ménager des moments de silence, vides, en roue libre, profiter d'un rendez-vous en retard ou être soi-même en avance, flâner. Parce que c'est là que le cerveau cherche et créé. Il a peur du vain, du vide (l'informaticien connaît les NOP*). Je ne suis pas loin de croire que l'art est un renversement positif de la volonté toujours progressiste, sans doute pathologique, de l'homme. Je ne suis pas sûr...
* NOP (No Operation), une instruction qui commande l'action de ne rien faire ; parce que la machine ne sait pas "faire rien"... farniente.

6 mars 2017 J'écoute Chris Réa, "Hofner Blue Notes". Il ne chante plus, la guitare, amplifiée, n'est presque plus électrique, la basse devenue acoustique, le batteur a pris des ballets. Le piano est quand même de trop qui "habille" les compositions en costard. Tout est ralenti, Réa est vieux, il assume. Sa grande passion "blues" qui lui dure depuis 40 ans est une petite passion, elle parait une passion simple, sobre, à notre mesure. Du coup, les grands passionnés me semblent vaniteux.

1er mars 2017 Killer Joe, Benny Golson ; un très bel exemple de thème simplissime et laissant les portes grandes grandes ouvertes. À la douceur ou pas, au rythme ou pas, au free ou à quelque chose de très reconnaissable. De toutes les versions qu'on peut écouter, il manquera toujours celle qu'on veut faire !

25 février 2017 il y a dix ans je pétais mieux que je ne « buzzais » mais je ne me suis pas découragé. C'est la seconde difficulté en trompette. La première est, justement, de ne pas péter.

21 février 2017 Toujours, constamment, lorsqu'on parle d'improvisation, on se retrouve à se justifier. Et plus souvent auprès des musiciens patentés que des auditeurs. Ces derniers font plus confiance et croient en la magie ; ce qui est une qualité pour apprécier un art. Au moment de prendre la parole pour exprimer une idée, les phrases sont-elles déjà toutes écrites ?

6 février 2017 Jouer un standard, ou seulement dans une tonalité donnée, me mets dans la situation de l'enfant tenté de faire une bêtise, de faire ce qui est interdit. Et, c'est obligatoire, la pente est trop savonneuse, le doigt dans la prise, l'erreur s'impose : "j'ai pas pu m'en empêcher !"

29 janvier 2017 3 notes et il filait derrière les autres, Miles Davis était un branleur. On ne dit pas cela aujourd'hui parce qu'on l'a érigé en un dieu. Au pire, les "parfaits" de la technique osent supposer qu'il avait un défaut de placement des lèvres sur l'embouchure.
Miles Davis est un génie parce qu'il a su faire simple, un génie parce qu'il a su entendre et proposer des musiques nouvelles, et un génie parce qu'il a su se renouveler avec elles. Mais Miles Davis est un génie surtout parce qu'il a su faire avec ce possible défaut et avec ses "à peu près".

25 janvier 2017 A la fin de l'année dernière, Jean Vasseur est mort. Je ne connais rien de cet homme sinon qu'il a conçu la trompette semi-pro Zeff 901S que j'utilise chaque jour. Lorsque je suis en difficulté avec ma musique, je crois parfois régler mes soucis en achetant une "vraie" trompette, une pro, une Bach par exemple, un instrument à 1500, 2500 euros... voire une daCarbo. Mais le problème c'est moi, pas l'instrument. Et si La Zeff n'est pas au niveau d'instruments plus "nobles", peut-être est-elle justement plus trompette, justement : une invitation à plus de simplicité, plus d'essentiel ?

21 janvier 2017 L'animalité de l'oreille participe beaucoup au désir de vie. Il suffit de se souvenir de l'importance des grognements "cachés" derrière le champ de vision des premiers Doom ; et cette vision timbre poste et gros pixels était bien pauvre d'ailleurs. Pourtant, le jeu fonctionnait ; le son stéréo faisait tout !
C'est cette connexion directe entre le son et le plus profond des "moteurs" nerveux du corps qui fait sans doute le succès de la musique, de la berceuse à la danse pour le rythme, et du chant gutural au harsh noise wall pour le timbre, en passant par Liszt.

15 janvier 2017 Dans cet éternel "retard" du son sur l'image ("les oreilles n'ont pas de paupières" disait parait-il Socrate), une évidence me saute à la figure : nos oreilles nous informent sur ce que nos yeux ne voient pas. A la vitesse du réflexe, cela veut dire que notre ouïe est chargée de nous alerter d'un éventuel danger... un loup, une voiture. Les sons imprévus ou inconnus provoqueront alors de l'angoisse, tandis que les sons identifiables seront susceptibles de donner des musiques agréables. Voilà une des difficultés auxquelles les musiques improvisées et expérimentales sont confrontées.

10 janvier 2017 Improviser en solo ou à plusieurs sont deux pratiques très différentes. Elles peuvent bien entendu se nourrir l'une l'autre, même s'il faut du courage pour retourner travailler seul après avoir goûté aux autres. L'impro solo va puiser essentiellement dans les bagages, et la pratique est très difficile qui voudrait décoller de la mémoire, pour inventer et se réinventer, tout en restant, en devenant soi-même. Après une sorte d'échauffement, vient un état de concentration ; et simultanément un lâcher-prise qui pourra éventuellement ouvrir de nouvelles portes. Cela se produit parfois.

5 janvier 2017 Le son de la trompette "nue" se développe bien dans une acoustique réverbérante, plutôt sourde, grave, et plus ou moins longue ; une église, de la pierre, humide, froide. Des cages d'escalier me font parfois rêver ! Si le lieu privilégie plutôt des harmoniques aigus le son deviendra "canard", agressif, plus propice aux petits saxophones ; ça m'ennuie un peu d'écrire ça. Je parle évidement de la matière sonore complète de la trompette, pas seulement de son attaque, de cette attaque qui pète en fanfare. Si l'endroit est plat, "sourd", sans écho, j'ai parfois l'impression qu'il manque un bout de mon instrument. Que le son ne trouve pas à se déployer et qu'il me revient aussitôt dans la figure. Comme un type qui crache au vent.

24 décembre 2016 Backing tracks 2. "Je prends un blues et je m'emmerde". Je sais bien que ne s'ennuient que les ennuyeux. Je sais bien que ce blues, cet archétype comme d'autres archétypes, est un bien commun qui permet le partage. C'est à cause de ma propre pauvreté que je ne parviens pas à "nourrir" cette trame blues, à jouer avec ses codes, et à faire l'élastique avec son cadre.

24 décembre 2016 Backing tracks. Je m'exerce avec des pistes de jazz, swings, ambient, trip hop (oui, oui !) si possible offrant le plus de liberté possible. Parfois, souvent, c'est l'ornière. Parfois, tout de même, c'est le pied. J'ai bien le sentiment d'être un barbare, d'écorner la loi des gammes harmoniiiieuuuuses. Je le fais avec plaisir. C'est un peu comme un quinquagénaire qui fait de la gymnastique ; ça fait du bien parce que ça tire... Je me rassure en me convainquant que le véritable ignorant s'ignore ; moi, je suis au moins un sauvage à la lisière de sa forêt et que la ville fascine. Sinon, je prends un blues en LA ou en Mi, et ça roule, et bien vite je m'emmerde.

17 novembre 2016 Trompette : instrument archaïque, barbare et difficile, jaloux de ses frères trombones et autres embouchures plus graves, jaloux des saxes et autres anches, mais au son de velours incomparable ; seule la clarinette pourrait l'approcher.

1 novembre 2016 "Que l'art me montre du beau, le monde est bien assez moche !"
L'art devrait donc assurer cette fonction ? Parce que les médias, qui repeignent le monde en couleurs moches, nous plombent tellement ? Je propose l'inverse : les médias continuent de mentir mais en ne montrant que le beau (et ne se vendront peut-être plus), et l'art fait comme il veut (et ne se vendra de toute façon pas mieux).

26 octobre 2016 C'est pas comme l'autre qui cherchait où il avait noté son impro ; dans son classeur de partitions. Des impros se répètent, comme on creuse un sujet, comme le peintre refait et parfait son tableau, ou le décline. On reconnait ainsi une guitare, un timbre de cuivre, une attaque de bec. Parfois, on s'en lasse mais on ne devrait pas - l'artiste travaille - et rien n'interdit de laisser reposer une musique pour y revenir un jour. Elle aura changé, ou on aura changé !

22 octobre 2016 Une très belle pensée de Menuhin explique comment Bach était un équilibre entre l'expression personnelle et celle de la communauté. Un peu plus loin, il parle de la création artistique humaine comme d'une lignée à continuer. C'est cette idée de l'héritage culturel et de l'apport singulier de l'artiste, de l'empathie indispensable et de cet égoïsme "raté" qui nourrit un bien de l'humanité. Même si à l'aune des valeurs d'aujourd'hui (individu & star system), Bach me parait avoir négligé son ego, la phrase de Menuhin est très belle et utile.

5 octobre 2016 Un air mignon m'a interpellé sur le réseau, et j'ai commencé ce qu'on appelle aujourd'hui... un cover.
Des musiques sont belles, harmonieuses, oui, jolies, mais elles réduisent la musique aux carcans de leurs gammes. Et je suis fragile, tellement trop amateur, que je ne trouve pas le moyen d'échapper à ces ornières. C'est au point que ces musiques me paraissent réduire les possibilités de la musique à leurs seuls "tempéraments". J'ai l'impression d'un couloir si étroit que je me râpe aux murs. Au point que mon instrument semble perdre des notes, au point que des nuances ne pourraient plus exister, pourraient n'avoir jamais existé, tout comme une novlangue interdirait la pensée.
Et je crache du rauque dans ma trompette.
Et je me retrouve à remplacer ce "cover" par un rythme simple, puis juste un métronome ; et même ce dernier finit quelques fois par m'emmerder.

3 octobre 2016 L'écoute est sans doute une caractéristique centrale des musiques improvisées. Même soliste, le musicien peut écouter le silence qui précède - et chaque silence à sa couleur... Ou écouter plus prosaïquement l'acoustique de son environnement. Il peut écouter son public s'il en a un mais ces musiques n'en attirent pas beaucoup.
Ecouter les autres par bienveillance, mais dans le dialogue qui s'installe, pourra venir l'interprétation, les propositions, les distorsions, la contradiction. Tout ce qui fait la dialectique de l'échange... musical.
Sonophages (Toulouse) propose un beau texte court sur l'écoute dans les musiques libres. http://sonofages.free.fr/Labo.shtml

27 septembre 2016 Le trompettiste démotivé devrait observer le rossignol ; ce si petit oiseau montre combien la volonté peu beaucoup ! Il est virtuose, il est inspiré, il est spontané, il a le souffle puissant, il a toutes ces qualités dans lesquelles le musicien doit puiser, mais il a aussi cette étonnante volonté ! Regardons comme il y croit...

13 septembre 2016 Lorsque les trompettistes sortent un disque, il ont tendance à honorer leur instrument sur la pochette. Pourquoi ont-ils cette sacralisation de l'instrument ? Je crains toujours d'acheter un disque de trompette ; je préfère acheter l'oeuvre d'un musicien, trompettiste. C'est vrai aussi du guitariste. Et de quelques autres.

22 août 2016 C'est à la fois excitant et frustrant de comprendre que la beauté sera, pour l'oreille qui s'accapare la musique, dans les espaces et les silences et les non-dits, plutôt que dans ce que le musicien pose, ses sons, et ce qu'il a la volonté de faire entendre. Tout son talent serait alors de savoir laisser la place à quelque chose d'encore plus immatériel que la musique. Laisser flotter, entre les sons, les désirs de l'oreille de l'autre. Petite remise à sa place, au passage, du créatif.

19 août 2016 L'improvisation peut se jouer sur plusieurs niveaux, comme si le musicien allait puiser dans divers ressources. L'enjeu : tenter de les articuler. Celles apprises, qui participent du langage musical, qui peuvent s'échanger - on dirait presque d'un "air entendu" - comme des connivences, et ce n'est pas péjoratif. Le musicien peut aussi aller creuser plus bas, dans l'indistinct de l'instinct, dans la boue originelle, dans l'inarticulé des premiers balbutiements... avant le verbe ! Et c'est tout aussi légitime.

16 août 2016 L'autre jour, nouvelle configuration en trio acoustique : percussions latines, saxos, trompette. Je me suis vu essayer de faire le liant entre mes deux copains. Du coup, à vouloir structurer, je n'ai pas trouvé le champs pour me lâcher... et on me l'a fait remarquer. Une réflexion ? Je penche personnellement à construire, à "tramer", pour ensuite me servir de ce support et m'en échapper. Faut dire que ces temps-ci j'écoute beaucoup de Robert Fripp et Adrian Belew... Je comprends que mes deux copains auraient voulu l'inverse, c'est à dire tout mettre sur la table, délire compris, pour ensuite en extraire quelque chose.
Tirer l'ordre du chaos ou apporter le chaos dans l'ordre, au choix.

14 août 2016 Un certain free jazz que je comprends mal, me laisse perplexe. Exemple, Miles Davis, Nefertiti, Hand Jive ; un peu avant la 5ème minute, la basse sort de son mode de support et fait une proposition, semble-t'il, au saxo qui parait se chercher depuis un moment. Mais le saxo ignore totalement la proposition.
Est-ce la profusion de ce jazz fin 60 qui provoque cette surdité ? Mais il est tout à fait possible que je sois incapable de capter...

8 août 2016 l'homme sachant compter au moins jusqu'à 5 ou 6 est aussitôt menacé par ce "petit" savoir. Si je compte les marches en montant un escalier, si je compte les rondelles en tranchant un légume, je suis atteints.
En musique, improvisée, ça se manifestera par des automatismes, complètement idiots mais obsédants dès qu'on les repère ; j'ai eu un temps la manie de terminer mes phrasés par une note très courte, comme une ponctuation, tandis qu'un ami terminait systématiquement sur des tremolos à deux notes, ou faisait "déraper" sa hanche sur un trait hyper-aigu qui me vrillait les tympans. Un autre copain, plus simplement, voulait absolument avoir le dernier mot... difficile de finir un morceau !
Bref, ceci conscientisé, me voilà peut-être un peu plus libre de jouer vrai. Et voilà que je sais un peu mieux encore que la liberté n'est pas "laisser-aller", mais volonté de "lâcher-prise". Belle nuance.

4 août 2016 Si j'éprouve tant le désir de parler de musique, j'ai peut-être un problème. Ne devrait-elle pas se suffire à elle-même ?

28 juillet 2016 Le "bourdon" reste un beau mystère ! Comment me porte-il autant, pourquoi me permet-il de trouver l'envie, quelle matière fournit-il à mon désir de jouer et d'improviser ? Il peut n'être qu'une couleur ou qu'une pulsation sobre, ou bien, riche, très riche des bruits extérieurs et des surprises, il est un matériau auquel je marrie les sons de mon instrument. Les métaphores qui me viennent sont, la terre pour la plante, la lumière pour dessiner la forme, la pente pour courir, la joie pour le rire... autant d'images qui disent que le bourdon est responsable de beaucoup, facilitateur, comme la muse, et qu'il suffit de s'y laisser glisser !

7 juillet 2016 Une discussion au hasard d'une rencontre hier soir a remis sur le tapis la difficulté d'évoquer la liberté pour qualifier "l'improvisation libre". En ce qui me concerne, je veux bien le remplacer par ce qu'on voudra. Mes réflexions et mes pratiques concernant mon émancipation et mon degré liberté - bien sûr tout relatif - dans ma vie comme dans mes travaux, me laissent heureux, optimiste, mais toujours prudent. Et pas trop prétentieux.
Improvisation brute ? Non, la matière sonore n'est pas grossière parce que non prévue. Et le brut peut induire du noise, ce qui n'est pas nécessaire du tout ; improvisation spontanée ? Non plus, parce que cette matière n'est pas issue de rien, ni pour rien, comme on dit d'une génération spontanée, et parce qu'il y a le bagage, et parfois le poids du bagage, quoique que l'étymologie parle de "désir"...

On pourrait parler de partage, avec l'autre musicien d'abord, mais aussi avec le public, avec l'environnement, même indifférent en apparence, et avec les autres "couches" de soi-mêmes. Parce que cette pratique musicale pose comme règle d'or la "perméabilité", l'échange entre le dehors et le dedans, puis, presque simultanément, entre le dedans et le dehors.
Mais c'est aussi la définition de base de toute pratique artistique. L'échelle de temps, seule, change.

29 juin 2016 J'ai un problème "d'intention" avec l'improvisation. La première note donnera le ton à tout le discours musical qui suivra. Cette première note, pour laisser la place nécessaire à l'expression spontanée qui viendra je ne sais encore d'où, doit s'exprimer, se répandre, elle sera le support, mais elle ne devrait pas induire ce qui suivra. Elle devrait laisser le champ ouvert, 360° d'horizons possibles... Et quand ça vient, à la deuxième ou à la troisième note, je ne sais pas quand - surtout pas de préméditation mais de l'intention et de la disponibilité - quand se propose un "battement", , exactement , il ne faut pas hésiter, il faut plonger, la porte est est grande ouverte !
Peut-être est-il possible de recommencer aussitôt, mais je ne crois pas : l'air est déjà rempli de sons, le silence n'est plus vierge. Dans ce cas, je sais bien que je me réfugie dans des domaines que je connais déjà, mais je sais aussi que quelque chose à foiré, et que ça ne sera pas le bonheur qui arrive quelques fois. Tant pis, à demain.

23 juin 2016 Le musicien connait depuis longtemps les "bots". Débuts 90, il demandait à sa boîte à rythmes d'humaniser un peu ses patterns raides, en décalant légèrement hors des temps quelques sons, grâce à des fonctions pseudo-aléatoires ("shuffle"). Et c'était déjà pas mal ! Quelques années plus tard, le logiciel a su dépasser le bête arpégiateur et proposer des accompagnements ; on a tous fait joue-joue avec un orgue Bontempi pour enfant ! Puis, les Garage Band et autres outils manipulant du Midi ont donné le change... Aujourd'hui, les machines vont très loin dans la composition musicale, elles ingurgitent des statistiques à l'aune du big data, digèrent nos savoirs mieux qu'aucun musicien, et "performent" mieux qu'aucun cerveau et qu'aucune main ne pourra jamais le faire.
Où se niche donc la créativité du compositeur, et celle de l'interprète ? Faut-il, avec humilité, la reconnaître aussi aux machines ? Parce que, bien souvent, des hommes livrent des partitions mille fois entendues ou "bœufent" avec un automatisme digne de la pire machine d'autrefois...
Refoulés jusque dans nos derniers retranchements, posons-nous la question : "qu'est-ce qui fait l'essentiel de l'artiste musicien ?" Je suggère que la musique improvisée peut apporter des éléments de réponse, parce qu'elle joue avec l'incertain, et reconnait la fragilité. Un robot pourra apprendre à lancer et attraper une balle et il le fera désormais parfaitement ; s'il hésite, ce sera une simulation, comme le "shuffle" de la boîte à rythmes. Pour le même jeu, un homme ne sera jamais, jamais parfaitement sûr de lui ; il arrivera toujours un moment où il ratera la balle. La créativité artistique se situe peut-être dans cet "à peu près", cette imperfection. Donc dans cette attention toujours nécessaire (avec désir ?) pour continuer de nous adapter à l'incertain.

11 juin 2016 les musiques "codées" laissant place à l'improvisation s’accommodent d'un peu d'accident, en justes proportions, et qui viendront tirer les oreilles. Vu d'un autre point, les musiques dites "libres" choisissent le chaos comme une matière première, et très accidentée s'il le faut, d'où elles extraient l'information, et quelques fois de la beauté. Cette beauté est superbe parce qu'elle apparait, devant nous, nue, par-dessus le terreau chaotique et sale de ses origine. "On nait entre la merde et la pisse", disait l'autre.

24 mai 2016 improviser avec l'autre, c'est un processus sans fin : avec l'inconnu, c'est d'abord laborieux mais c'est nouveau ; et même si on échange quelques banalités, comme pour se "trouver", c'est déjà une belle découverte. Avec l'ami, celui qu'on connait bien, c'est comme poursuivre une discussion laissée là, même des mois avant ; et se dire, renouvelé, ce qu'on ne s'était pas encore dit.

23 mai 2016 certains musiciens discutent comme ils jouent, c'est à dire qu'il parlent beaucoup mais ne savent pas écouter, ne veulent pas échanger. Comment apprennent-ils ?

15 mai 2016 l'improvisation sonore serait comme un raccord aussi correct que possible, une bonne plomberie, entre concentration et lâcher prise. Concentration sur soi et son corps, sur son instrument, ses possibilités et ce qu'on sait lui demander ; et lâcher prise pour s'ouvrir aux autres, à l'environnement, à ce qui ne ce voit pas mais qui est là, au-dessus ou "entre", au-dessous bien sûr, aussi. Ce qui est là et qui ne peut se dire avec un autre langage que la musique.

21 avril 2016 j'écoute cette musique des autres.

5 avril 2016 dans ce pays-ci, le paloumayre explique que le filet rempli de palombes n'est pas le plus important. Comptent aussi la palombière, les amis et les échanges, l'attente et le temps qui passe... des instants indéfinis et des moments de magie. On pourrait utiliser leur exemple pour la musique improvisée, exactement ! Le résultat n'est pas le plus important, vivre ce qui se passe l'est.

23 mars 2016 une première note, si possible même pas préméditée, puis une deuxième, peut-être trois, laisser résonner sur les parois du crâne, condenser, infuser... le discours de l'impro vient, appelé par cette première matière. Pas vraiment spontané, ce discours s'en va puiser dans les imprégnations du jour, de la saison, de l'année, de l'enfance, de l'époque, du milieu, et bien sûr de tout l'héritage humain depuis la grotte voire le terrier lémurien.

15 août 2015 le fétichisme autour de la musique, pourtant presque immatérielle, me gène et je tente d'y réfléchir, mal, chaque fois que l'occasion se présente.

Fétichisme de l'artiste pour l'instrument (et pour la partition, et la scène, la salle de concert, Paris, Vienne...), fétichisme de l'amateur auditeur pour le musicien, sa photo ou sa dédicace, pour le disque, pour la matérialité du disque ! Moi le premier, lorsqu'étudiant nomade je possédais des K7, copiées ou originales, et que je redécouvrais le vinyl encombrant chez le disquaire, j'éprouvais un sentiment étrange de nouveauté en même temps que de déjà-vu ; comme si la pochette dans son format carré (LP) plutôt que rectangulaire (K7) allait renouveler l’œuvre enregistrée contenue... idem pour les rééditions qui modifiaient la pochette.

Un ami, au festival pourtant free de Luz, qui me confiait sa gène à l'écoute des sons électroniques et autres techniques étendues dont on n'identifie pas la source, instrument ou musicien, me faisait cette même démonstration de l'attachement à la matière qui produit le son autant qu'au son lui-même.

Un jour, alors que j'étais justement en train de tenter d'expliquer mon goût pour les sons inexplicables à une amie (Marie, qui disait justement ne pas apprécier la musique dans l'obscurité du Lubathyscaphe-K), nous avions été mis en présence d'un phénomène fantastique : une vieille femme (Marie Lubat) avait fait grincer, une fois seulement, une porte (de l'Estaminet d'Uzeste qu'elle habitait encore), au moment exact où une tourterelle avait roucoulé, une fois seulement, sur le toit d'en face (la maison Liégeois). Les deux sons, juxtaposés dans le silence calme de l'après-midi du village, se sont tellement bien mariés qu'ils ont produit un autre son, un son nouveau, qui n'existait pas, un bruit impossible, irréel !
Là, on était par accident dans la magie extraordinaire que peut la musique. Il y a pour l'oreille un potentiel, une puissance incroyable que les autres sens ne peuvent pas. Vue, odorat-goût, toucher. Peut-être parce que l'ouïe est bien à cheval entre le sensible et l'intelligible ? Mais qu'est-ce qui est culturel, qu'est-ce qui est naturel ici ? Tandis que la vue est devenue trop cortex (l'image reine !), tandis que le toucher est resté plus reptilien ? Résumé grossier bien sûr.

Les explorations passionnantes des synthèses sonores, additive, soustractive, et modulation de fréquence de Chowning-Yamaha surtout (à mon avis), étaient de belles invitations à l'abstraction ; il y a eu les années 70 et l'épopée psychédélique. Mais les synthèses les plus réalistes ont gagné la guerre des synthés (Roland ou Korg et leurs additives + échantillons) dans les années 80 pragmatiques. Bien sûr, il y a eu quantité d'explorateurs de ces musiques et sons étranges. Mais il semble qu'on préfère l'exotisme des sons étrangers à l'étrangeté des sons impossibles, pourtant endémiques (oui, les technologies occidentales nos sont endémiques !)
Pour les derniers résistants ou pour les futurs créateurs, la synthèse par modélisation physique est une belle promesse de renversement de la matière et de ses bruits : il s'agit grâce à elle de proférer des sons matériellement réalistes mais qui seraient produits par des instruments virtuels, donc inexistants voire impossibles... une guitare grande comme une cathédrale ou une nano-orgue :-) Rendez-vous des chimères vents, percussions, cordes. Tout est permis !

15 avril 2015 improviser la musique serait une pratique naturelle, comme le dialogue. Une discussion n'est pas pré-écrite. On peut avoir envie ou besoin de parler de quelque chose, mais on ne sait jamais où notre interlocuteur nous emmènera. Ainsi, passées les premières politesses, le bonjour, le "comment vas-tu ?" et peut-être deux ou trois remarques sur le temps qu'il fait, l'art improvisé de la discussion s'installe. Les préliminaires météorologiques, en musique aussi, ont leur sens : ils sont là pour prendre en compte l'autre, et son moral, son énergie, ses désirs. Il s'agit d'établir un échange, de faire la trame. Le plaisir d'écouter, de répondre, de reformuler, appuyer, contrer, nier, s'exclamer, rire, se taire aussi, même se taire ensemble, tout cela se conjugue dans cette dialectique de l'improvisation de la discussion.
Les comparaisons ont des limites, mais pourquoi en serait-il autrement en musique ?

22 février 2015 si l'émotion esthétique est liée à la mémoire, on comprend la difficuté qu'il y a à défendre l'improvisation. Pourtant, celle-ci joue avec le feu, le feu du sensible et de la première émotion, peut-être la plus vraie, en tout cas celle qui n'est pas encore repeinte de culture. Bien sûr, improviser n'est jamais réinventer totalement, mais rien n'interdit de s'approcher des frontières, de l'incertain, de l'accident, mais aussi du goût, du bien ou mal-être, du grossier, du brousailleux non-défriché... et ce sont encore autant d'arguments en faveur de l'improvisation artistique créatrice.

15 janvier 2015 écouter de la musique oui, écouter de la musique tout le temps, musique partout, omni-musique ! Certains vont hurler (merci, hurler est encore musique :-) contre les musiques pour ascenseur, supermarché et aéroport, contre les musiques "faciles" et au kiomètre (mais on peut faire des muzaks toujours inspirées, Brian Eno l'a montré, et des musiques systématiques et vides, comme de grands "maîtres" l'ont aussi montré). Pourtant, j'insiste, la musique est partout, et elle est partout souhaitable.
Parce que le silence s'écoute encore comme une musique. Et chaque bruit aussi, comme on touche une matière, comme on respire une odeur. L'oreille ne se clôt jamais ; pas le choix ? Le son devenu musique, parce qu'on le décide, offre merveilleusement le "vivre au présent".

26 décembre 2014 la peinture prend le temps de sécher tandis que la musique est donnée toute mouillée.
L'avènement de l'enregistrement sonore et sa reproduction (phonographe d'Edison, gramophone de Berliner) ont permis d'ouvrir un champ à la musique qui était alors réservé à l'écriture et au dessin. La musique était uniquement un art de l'instant, rivée au temps ; seule la mémoire pouvait en rendre compte. Écriture et arts plastiques peuvent au contraire depuis qu'ils existent, s'élaborer sur le bureau, dans l'atelier, dehors sur des carnets, ils peuvent s'évaluer, se jeter honteusement ou se conserver, se repentir, se mettre de côté, se reposer, et s'y remettre pour se parfaire.
Ces cent dernières années, peut-être un peu plus, ont proposé à la musique de se concevoir comme un art différé, un art en deux temps, le temps de la création, puis celui de l'exposition. Le phénomène est très intéressant parce que la partition n'y suffisait absolument pas, le disque et le Cd, la bande magnétique, les mémoires électroniques sont bien plus fidèles ! Il ne faut pas négliger l'influence de ces technologies sur l'élaboration de la musique ; sur sa distribution et son modèle économique bien sûr, mais ça, on en a suffisamment parlé avec la dématérialisation et l'effondrement du Cd.
La musique, du brouillon et des accidents de l'art vivant, de l'échange entre la scène et le public, est devenue un art d'orfèvre, où l'ingé son est artiste à côté des musiciens. Un art de conserve disent certains, une mise en boîte ou de la musique en tube. Sans doute, mais les conservatoires existaient déjà... Peu importe, la musique a continué de se façonner dans cet univers, elle s'y est métamorphosée. Elle revient maintenant au "live" parce que son modèle économique, perverti par l'industrie, s'est effondré et seuls les concerts paient aujourd'hui les musiciens.
Enfant des années 70, les concerts me décevaient parfois lorsqu'ils ne "performaient" pas autant que les disques. Il faut dire que c'était des musiques élaborées qui se prêtaient mal au live (le Genesis tardif, Oldfield...) J'appréciais les shows (Gabriel, Floyd...) Et les concerts classiques m'impressionnaient beaucoup plus pour ce qui est du son. J'étais un pur produit de la musique en boîte. Et c'est à l'écoute d'un disque live de Dire Straits, Alchemy je crois, que j'ai compris. J'ai compris que la scène comportait autre chose que le disque, et générait un autre moment : grâce au public, grâce à l'instant, peut-être une communion, une magie qui prend forme. Ou pas.
Et qui quelques fois passe aussi dans l'enregistrement. Ou pas.

28 novembre 2014 l'inconvénient avec un art d'improvisation essentiellement sensible, c'est l'absence de projet. En tout cas l'incertitude. Il n'y a que le moment présent, des interactions, des Input/Output dirait un informaticien, avec des opérations sur l'instant. Au mieux, des condensateurs (électronique) ou des petits buffers (numérique) permettent quelques délais. Cela ne fait pas un discours.

Mais !

Mais, qui a dit qu'il fallait absolument un projet et son but ? Et pourquoi pas introduction, thèses et anti-thèses, et conclusion ? Voilà un postulat très culturel qu'il faudrait savoir remettre en cause.
Mais, qui peut encore ignorer que la qualité du présent vaut bien un éventuel futur, éventuellement meilleur ? On est certain en tout cas que le plaisir existe au présent, et que le désir veut un futur le plus proche possible.
Mais, qui peut savoir si l'instant et la succession des instants n’œuvrent pas tout de même à quelque objectif ? Aidés par l'artiste ou tout à fait malgré lui ? On dit bien "c'était dans l'air du temps", même à propos des Einstein. Certains ont même supposé que nos idées nous sont soufflées par des électrons pensants...
Mais, quel artiste ne sent pas confusément qu'il va bien quelque part, sans trop savoir où, mais tant pis, va-y, aie confiance ?! Au moins tu auras une chance de te connaître toi-même ; et c'était déjà confusément mais pas par hasard que tu avais voulu créer et t'exprimer ainsi.
Mais, accidents et trouvailles ne sont-ils pas les dés du jeu ? Jeu qui serait tellement chiant si on n'y introduisait pas du hasard, tellement chiant qu'on n'y jouerait même pas !
Mais, les bons capitaines naviguaient au jugé, et, avec la bouteille, je veux dire avec l'expérience, pour corriger un cap ou virer de bord, ils découvraient des Amériques même s'ils cherchaient les Indes. Et quelques fois, c'est vrai, avec la bouteille et d'autres ingrédients aussi, plus ou moins recommandables et plus ou moins maîtrisés.

On devrait rebaptiser l'improvisation incertitude volontaire.

23 novembre 2014 certains instruments se prêtent mieux que d'autres au renouvellement. Je pense aux instruments dans leur constitution, pas aux musiciens et à ce qu'ils parviennent à exprimer de leurs instruments, ni aux pratiques et aux genres musicaux. La guitare aurait pu rester phagocytée par l'Espagne ou capturée par l'Amérique acoustique profonde, mais l'électricité l'en a sauvé de justesse, et des génies comme Hank Marvin puis Jimi Hendricx l'ont propulsé tellement plus loin. On pourrait étendre la réflexion aux autres cordes... il suffit de les "brancher". Au propre comme au figuré. Le piano me semble être le plus résistant. Je ne parle pas des claviers électroniques ; disons qu'ils sont plutôt les descendants des orgues et des harmoniums, qui exploraient déjà d'autres voies. Le piano, même préparé, a du mal à s'en sortir. De la même manière qu'il est lourd et difficile à déménager, il est lourd et difficile à "exfiltrer" de ses traditions. Les premiers jazz l'ont bien réveillé... mais après ? John Cage ne l'a pas renouvelé, il n'a pas créé un genre pour le piano mais un genre tout entier, dont le piano est peut-être le plus mauvais élève. Et Cage a fait du Cage, bien sûr. Les vents, grâce à l'amplification, ont eu recours à la respiration et aux petits sons inaudibles auparavant. Les percussions sont sans doute les plus aptes à trouver de nouvelles voies, dès lors qu'elles parviennent à ne plus obéir forcément au diktat du tempo. Et la voix ? Elle est toujours cet hybride, comme en chanson, entre le son et le langage, entre les sons et leurs sens, les mots. Comme tout hybride, comme tout bâtard, elle est promesse de renouvellement.

3 septembre 2014 j'aimerais quelques fois que ce souffle, très présent dans le son de la trompette jouée doucement, n'y soit pas. Ce souffle donne une belle matière au son. Très organique, il lui donne un corps, il "frotte" et le colle à la Terre. Mais il interdit aussi, parfois seulement - c'est à dire au moment où je voudrais ne plus le produire - au son de prendre son envol. Les orgues ont été conçues pour cela, décorporées, sinusoïdes pures - purs sons.
La trompette devient un velours lorsque l'entremêlement du cuivre doux et de ce souffle sont maîtrisés. Oublions la trompette fanfare, pensons à Chet Baker, Palle Mikkelborg ou Nils Petter Molvaer.

La prise de son "classique" de la trompette place le microphone un peu éloigné pour éviter de capter ce souffle qui est considéré comme malpropre. Mais le musicien doit alors jouer plus fort, donc aussi plus brillant, sans doute ; et on a ce son "classique" qu'on peut toujours entendre, par exemple chez Markus Stockhausen. Aujourd'hui, on évite moins la matière, comme si on voulait plus de réalité. C'est vrai des percussions aux vents, en passant par le piano et ses marteaux, et son meuble. Et la voix bien sûr ! Les techniques étendues exploitent d'ailleurs très souvent ce filon.

10 août 2014 on catégorise très souvent les musiques à travers les instruments voire les technologies qui les produisent : cordes, vents, ou bien acoustique, électrique, puis électronique. Cette dernière, l'électro, n'est d'ailleurs pas franchement digérée. Les jeunes ne l'entendent pas comme les vieux ; les "contemporains" des institutions ne l'exploitent pas, mais alors pas du tout, comme les jeunes du dance floor ! Si on évite tout dogme, toute académie, toute appartenance ou toute habitude, tout est bon à prendre qui excite l'oreille et le coeur. Le joyeux mélange, sans hiérarchie ni préjugé de tout ce qui peut "faire son" est excellent pour la création.
Mon fils écoutait lorsqu'il avait 11 ans des tubes de sa génération, Coldplay, David Getta, etc., et au milieu de sa playlist survivait un Bob Marley, même pas remixé façon Dub ! Il était aussi frais qu'autrefois, et mon fils ne savait pas que c'était un vieux truc. Son oreille d'enfant n'avait pas nos repères et ne discernait pas les générations ; et je me demande s'il n'était pas capable à ce moment-là d'écouter "Survival" mieux que je ne saurais jamais le faire ! On dit que le recul donne de la perspective, c'est vrai, mais l'ignorance permet de tout mettre à plat...
Il faudrait savoir aborder instruments et technologies avec la même innocence, comme des iconoclastes ; c'est même le seul moyen de se les approprier véritablement !

Je sais bien que des technologies induisent des cultures (âge de pierre, agriculture, industrie et vapeur, pétrole, numérique...) mais je ne sais pas trop quoi penser de la valeur des cultures trop induites. Par exemple, le rock pouvait s'électrifier sans pour autant adopter le rythme des marteau-piqueurs. à réfléchir...

24 juillet 2014 il faudrait le dire avec plus d’égards, mais ces musiques pseudo-orientales qu'on distribue en occident sont lamentables de clichés et de manque de singularité. Pas de personnalité dans ces productions, et après tout c'est cohérent puisque dans ce mysticisme exotique, ce que l'on recherche, c'est la dilution de la personnalité, cette dilution de l'individu, celui qu'on souhaite pas, dont on ne sait pas quoi faire, qu'on apprend mal à porter "avec soi", dans un grand tout insipide. L'Occident a choisi une autre voie. Je revendique mon occidentalité, puisque j'y suis né et que j'ai été structuré par lui ; j'en profite, un peu comme l'autre adoptait la religion de son roi. L'occident ? Des civilisations qui ont permis l'émancipation de l'individu, qui l'ont exfiltré du clan possessif et oppressant. L'individu qui voudrait fondre son ego comme un glaçon au soleil devrait apprendre à écouter les sons qui l'environnent plutôt que des exportations zen douteuses. Ou le silence ? Mais non, le silence renvoie tellement à la solitude qu'ilssif et oppressant. L'individu qui voudrait fondre son ego comme un glaçon au soleil devrait apprendre à écouter les sons qui l'environnent plutôt que des exportations zen douteuses. Ou le silence ? Mais non, le silence renvoie tellement à la solitude qu'il2C assez éprouvante physiquement pour le réclamer, avec le souffle et la colonne d'air, la bouche et les lèvres, et de l'embouchure au pavillon en passant par les pistons, et toutes les imperfections organiques et mécaniques qui impriment le son produit ! Corporifié, le son est maintenant lié à l'objet qui le produit. Pourtant, il ne faudrait pas oublier l'étymologie de "l'instrument", mis au service de ! Ce plaisir de la matière et du corps, que j'ai toujours cherché (même il y a 30 ans avec la peinture et ses textures qui tentaient de donner aux yeux ce que ressentent les doigts et le toucher) ne doit pas effacer l'envie d'explorer le son dans sa plus étrange liberté : celle où il n'est soumis à aucune cause qui le produit, le son pour lui-même, sans référence. Comme le tonnerre est conséquent de la foudre.
Le numérique offre ces possibilités, et absolument. Dans les années 80, la synthèse FM (en ce qui me concerne, avec les fameux synthétiseurs DX de Yamaha) était ce qui permettait le mieux cette liberté. Je ne veux pas dire cette pureté, mais plutôt cet absolu, où les opérateurs modulés en fréquences permettaient de s'approcher de la fondamentale du son, à la façon d'un microscope plongeant dans la matière. Il y avait dans ces recherches une compréhension finalement empirique - curieusement - du son, alors même qu'il était tout à fait abstrait. C'était l'empirique de l'oreille elle-même, qui reçoit et écoute, et non pas l'empirique du son conséquent d'une cause : vent, bois, corde, percussion. Finalement, la technologie de l'échantillonnage a balayé cette génération, un peu comme le trompe-l’œil a fait en peinture. Je ne regrette rien, tout est bon a prendre, mais avec le recul nécessaire.

3 juillet 2014 la trompette ne permet qu'une seule note à la fois... tant mieux !
À l'occasion de la découverte de cet instrument, il y a 7 ans, je suis allé vers des réalisations plus simples ; épurées. Les sculptures sonores d'autrefois sont moins travaillées pour elles-mêmes que comme support de l'instrument acoustique. Je garde l'amour des textures et du grain du son, du field recording "arrangé", le goût de la spatialisation du bruit. Mais parfois, l'accompagnement se résume à une sorte de néo-bourdon. La plupart du temps, la trompette est improvisée, guidée par la trame de l'accompagnement. Parfois, c'est l'accompagnement qui est fabriqué après coup, retravaillé. De son côté, la trompette devra trouver plus de simplicité encore - plus de douceur aussi : quelques fois son timbre tient plus du nez mouché que du velours - grâce au travail sur le souffle et la colonne d'air. Les délais et autres effets sur cette trompette, que j'essaie de bien écouter et de laisser "courir", m'aident à chercher dans ce sens.
Deux voies se dessinent pour l'avenir : une recherche franchement mélodique et tonale... ces petits airs mignons et un peu "cons" d'un côté, et un travail plus "contemporain" où je me débarrasserais peut-être mieux des tyrannies du son propre (recherche de techniques étendues de la trompette et midification), du rythme et de la mélodie. Et finalement du discours. La fusion des deux doit être possible.

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