Nouvelle de science-fiction. 90 000 caractères.

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« Le ver mérite d’être dit intelligent, car il agit presque comme le ferait un homme placé dans des circonstances analogues. »
Darwin

Il régnait une belle fébrilité au vaisseau. L’équipage était réuni, presque au complet. Il restait groupé depuis plus de trois heures entre la salle à manger et le poste de pilotage, les deux pièces étaient voisines. Chacun était sur son écran avec son IA perso. Mais ils échangeaient parfois trois mots directement lorsque leurs chats et les hasards de la réalité les rapprochaient par coïncidence. Ils se cherchaient sinon des yeux et se contentaient de vagues signes « d’intelligence », de sourires ou de clins d’œils, comme des ponctuations à leurs conversations assistées et silencieuses.

Le MC, Al, se leva de table et se dirigea vers le poste de pilotage. Il s’agissait d’un grand salon permettant de contempler l’espace plutôt que d’un poste de commande ; 360° grâce aux écrans panoramiques et aucun bouton ni aucun voyant sur aucun tableau de bord n’attirait l’œil ou ne nuisait à la sobriété de la salle. Le vaisseau était géré et piloté automatiquement : le centre du poste était occupé par un large meuble mou et souple dans lequel on pouvait se jeter comme sur un très grand pouf ou un canapé géant. D’autres poufs individuels se promenaient autour, sous les écrans.
- Amènes-toi, Al !
Le MC vit Gil qui lui faisait des signes, affalé sur le ventre dans un pouf, un écran posé à plat au sol juste sous son visage. Il shoota dans un pouf disponible pour le coller à celui de Gil et s’y laissa tomber à son tour, mais sur le dos. Puis, comme Gil n’ajoutait rien, il se tourna de son côté et le regarda, le sourcil interrogateur :
- Bé ?!
- … J’ai demandé à mon IA des images de trucs qui ressembleraient, dans le passé, à l’objet que Jim a ramassé sur Ultima Thulé.
- Et ?
- Il existait autrefois des moyens de coder de l’info sur des supports matériels, comme quand on s’amuse à faire des lettres sur une vitre ou un écran après avoir fait de la buée…
- Ouais, des écritures, coupa Al. Petits, on a tous eu une initiation sur les lettres et les mots pour faire des titrages. Autrefois, ils avaient même des objets qu’il tenaient à la main pour écrire.
- Ah bon ? Les hommes ?
- Oui, mec ! Mais pourquoi tu t’emmerdes avec ces recherches ? On sait très bien que la pyramide est couverte de… de codes qui veulent dire quelque chose, et qu’il y a peut-être aussi des infos dedans. C’est pour ça qu’on l’a confié à l’IA et qu’on attend.
- Bof… C’est pour attendre, justement !
La pyramide rapportée par Jim était la raison de cette fébrilité. Le vaisseau venait d’arriver aux confins du Système solaire, au-delà de Pluton, et avait abordé Ultima Thulé. C’était un petit corps céleste binaire, « à contact » précisait l’IA qui était toujours précise malgré les oreilles peu attentives. Un astéroïde, à l’orée de la ceinture de Kuiper, qu’une sonde avait visité rapidement trois siècles auparavant. Petit, il était tout de même imposant avec ses deux corps collés en forme de beignets, l’un plus gros que l’autre, et qui l’avaient fait baptiser dans un premier temps le « Bonhomme de neige ».
Petit, mais tout de même cent fois plus grand que le vaisseau, et, à défaut d’autres repères comme une géante gazeuse remplissant la moitié du fond d’étoiles, Ultima Thulé était LE référent. Le vaisseau, avec ses trois cents mètres de longueur et sa forme simple de container en parallélépipède faisait contraste. Et il paraissait surtout bien minuscule.
Les images reçues autrefois sur la Terre avaient montré la présence d’un objet sur Thulé : une pyramide. Elle était nettement artificielle. Trois faces triangulaires et une base, toutes identiques, et la pointe en haut. Mais on n’avait pas pu obtenir de meilleurs détails que les faces plus ou moins éclairées ou réfléchissantes de cette pyramide de quarante centimètres environ. La résolution des images était trop faible et malgré toute la puissance des IA disponibles sur Terre, on n’avait obtenu aucune information supplémentaire sur cet objet si géométrique avant de se rendre sur place trois siècles plus tard.
La sonde New Horizon avait continué sur sa lancée et sa trajectoire l’avait menée vers d’autres horizons, justement, encore plus lointains. Elle était passée trop rapidement et bien trop loin pour mieux faire. Enfin, elle n’avait capté strictement aucun rayonnement artificiel émanant de la pyramide. L’artefact était tout à fait muet, dans tout le spectre connu. Il était, c’était une certitude, juste un artefact.
A l’époque de cette découverte les hommes vivaient encore uniquement sur la Terre. Ils avaient depuis longtemps des satellites autour de leur planète mais n’avaient pas colonisé l’espace, aucune planète ni aucune lune du Système solaire. L’histoire racontait comment la découverte de l’artéfact d’Ultima Thulé avait donné un second souffle à la conquête spatiale. Les yeux de l’homme s’étaient de nouveau tournés vers l’extérieur. La petite pyramide étincelante était la borne marquant les débuts de l’ère spatiale. L’homme avait alors bondi hors de son berceau pour aller jouer dans ses stations spatiales et sur la Lune puis sur Mars, pour attraper des astéroïdes puis aller sur les lunes des planètes extérieures, établissant des colonies et exploitant aussitôt les ressources locales.
La pyramide silencieuse était donc l’objectif de leur voyage, un voyage de plusieurs années sans compter le retour.
Les IA perso s’occupaient de tout mais les hommes, tout de même concernés, pouvaient interroger les archives à propos de l’histoire de l’humanité. Ainsi, pour tromper son attente, Gil avait-il découvert que les hommes autrefois écrivaient sur du papier, et plus avant encore sur de l’argile.
Une femme, Ani, s’approcha discrètement et sauta à califourchon sur Gil. Avec un rire, elle se pencha en avant pour que son ventre épouse le dos du jeune homme. De ses seins, elle lui recouvrit la nuque et les oreilles.
- Arrête ! J’entends plus rien… fit-il, pour la forme et sans conviction.
Elle demanda :
- Vous parliez de signes ? Moi, c’est tous les jours que je trace des signes sur mon écran et pas en faisant de la buée ! Même que ce sont des dessins !
- On sait, répondit le MC sur le pouf à côté. Tu nous les postes tout le temps…
- Mais tes dessins ne veulent rien dire, Ani, fit Gil en se retournant et en renversant la femme sur le pouf occupé par Al.
- Si ! Ils signifient quelque chose, répondit Ani. Ils sont beaux, mes dessins !
- C’est vrai, quelques fois ils me ressemblent, rigola Gil.
Elle se débarrassa des mains de Al qui lui attrapait les seins par derrière et faisait l’idiot avec. Le MC ajouta sur un ton docte :
- Ils représentent quelque chose, comme nos selfies, mais ils ne codent rien…
- Al, t’es naze pour un MC, s’exclama la femme. Tu sais bien que tout est du code ! Un selfie c’est du code, mes dessins sont du code. Même quand je fais le portrait de Gil, je représente donc c’est du code et comme je m’exprime, encore du code par-dessus du code… Deux fois plus, tu comprends ?
Il était évident qu’avec ses cinquante ans, Ani était un peu plus mûre que Gil ou Al qui n’avaient que vingt et vingt cinq ans respectivement. Elle se retourna contre Al qui allait répondre et lui clôt le bec d’un baiser appuyé et bien mouillé. Il s’essuya et rit, heureux de la surprise qui n’en était pas du tout une. Elle souriait aussi, contente d’elle, puis se leva et leur tourna le dos. Gil retourna à son écran et conclut pour lui-même :
- N’empêche, c’est marrant ces signes. Ça devait pas être très efficace !
Al était MC. C’était son tour, l’IA l’avait désignée. Et son rôle consistait à veiller à ce que l’équipage respecte les règles du « jeu » du vaisseau.

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page modifiée le 27 avril 2019 à 17h17       Creative Commons by-nc-sa